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La gloire et la croix


Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem, pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande :
« Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. (Jn 12, 20-22)

 

Qui sont ces « Grecs » qui veulent « voir » Jésus ? Des juifs de culture grecque, comme toutes les familles juives implantées dans les diverses villes de la Méditerranée, ou véritablement des païens grecs d’origine, comme tant de premiers chrétiens, de Corinthe ou d’ailleurs ? Peu importe ! Le fait est qu’ils ne parlent pas la langue de Jésus, l’araméen, et veulent cependant l’approcher. Philippe et André portent des prénoms grecs, ils parlent sans doute cette langue, la plus communément utilisée alors par les peuples méditerranéens, et se font naturellement intermédiaires

Le début de ce récit n’est pas sans nous rappeler le premier appel des disciples. Jean Le Baptiste désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu qu’il faut suivre, et André « était l’un de ceux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus ». A son tour il amène son frère Simon  à Jésus. Le lendemain Jésus appelle Philippe, qui va trouver Nathanaël… (Jn 1, 35-45). Nous constatons le même processus, les disciples après avoir répondu à l'appel, interpellent à leur tour, mettent en relation avec Jésus. Sans doute avons-nous oublié comment nous sommes devenus chrétiens, mais les adultes et les jeunes qui vont être baptisés à Pâques sont capables de nous raconter le « récit » de leur conversion, de dire qui les a invités à se mettre à la suite du Christ, à le découvrir avec leurs mots, leur langage, à accueillir les mots, le langage de l’évangile.

 

La réponse du Christ, apparemment en décalage avec la demande formulée, est déconcertante. Lors de l’appel des premiers disciples, il répond par une question « Que cherchez vous ? ». Ici, il nous parle « d’heure venue, pour le Fils de l’Homme d’être glorifié », de « grain de blé tombé en terre »… Puis il adresse une prière « Père glorifie ton nom »…

Discours particulièrement difficile à comprendre, en dehors de l’allusion au grain de blé, image qui nous est familière en milieu agricole ; je m’étonne qu’un passage aussi complexe soit aussi souvent retenu à l’occasion des funérailles !

Ce n’est pas un cours de biologie que Saint Jean veut nous proposer, mais une méditation conséquente du mystère de la croix, comme les traductions bibliques l’indiquent en intitulant ce passage « La gloire et la croix ». Voir Jésus, c’est le contempler avec les yeux de la foi, le suivre dans l’attitude du serviteur. « Quand j’aurais été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». La crucifixion qui apparaît aux yeux des hommes comme une exécution atroce et une infamie, à la fois torture infligée par les romains aux esclaves et gibet de la honte, la crucifixion est pour le Christ, dans l’abandon au Père, le lieu de la glorification. En lui Dieu est glorifié, et Dieu le glorifie. En hébreu, à la différence du grec ou du français, la gloire ne désigne pas tant la renommée que la valeur réelle, ce qui est solide et qui donne assise.Toute l’œuvre d’amour et de salut est manifestée, réalisée, accomplie. Le « Fils de l’homme » est à la fois le fils d’Adam qui engendre une humanité nouvelle, (Rm 5, 12-14) le « fils d’homme », qui annonce une humanité relevée des tombeaux, selon le prophète Ezekiel (Ez 37,1-14), et aussi, annoncé par Daniel, celui qui vient prononcer le jugement ultime de Dieu contre le mal et la mort. (Dn 7, 13-27)

 

 

« Si quelqu’un veut me servir, qu’il se mette à ma suite, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Nous ne sommes plus dans l’invitation initiale, à la question « Maître où demeures-tu ? » qui a pour réponse « Venez et voyez »… Après avoir suivi le Christ, écouté son enseignement, contemplé son œuvre de salut, nous sommes convoqués à vivre le chemin du serviteur. Il ne suffit pas de « voir » Jésus, mais de croire en lui, de « demeurer » en lui, de partager avec lui ce chemin de la mort à la vie. Comme le grain de blé, accepter de mourir à nous-même, à nos peurs et à nos égoïsmes, pour que l’œuvre de Dieu puisse se réaliser,  que cette vie donnée suscite du fruit en abondance.

 

 Christian le Borgne, curé

 

 

Ravive en ton peuple, Seigneur, La soif et la faim.

Rappelle à ton peuple, Seigneur, Le chemin du serviteur.

Est-ce de voir les pierres devenir du bon pain, Que nous croirons en toi ?

Est-ce de voir les pierres se lever pour crier, Que nous suivrons tes pas ? 

Est-ce de voir ton Fils se montrer le plus fort, Que nous croirons en toi ?

Est-ce de voir ton Fils échapper à la mort, Que nous suivrons tes pas ? 

Est-ce de voir ton Fils sur le trône des rois, Que nous croirons en toi ?

Est-ce de voir ton Fils refuser une croix, Que nous suivrons tes pas ?

(G 291 - Michel Scouarnec / Jo Akepsismas)

 


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