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Je crois en la résurrection de la chair

 

 

 

 

 

 

 

 

Calvaire de Pleyben Le Ressuscité libérant l'humanité du séjour des morts

 

 

Un éditorial publié dans un de nos quotidien, relatant les différents entre le pape François et notre Président de la République, souligne à juste titre que l'approche des chrétiens au sujet de questions éthiques, telles que l'avortement ou l'accompagnement des personnes en fin de vie, se fondait sur notre compréhension de la vie et de la mort, découlant de notre foi en la résurrection. La ou le journaliste se trompe, c'est lorsqu'il affirme que cette conviction en la résurrection ne trouve pas d'éléments écrits dans l'Ancien Testament.

 

L'Evangile de ce dimanche nous présente un groupe de religieux juifs, les sadducéens, qui ne croient pas en la résurrection des morts. Mais il nous précise, qu'en cela ils se démarquent d'un autre groupe de religieux, les pharisiens, qui eux adhèrent à cette doctrine.
Les sadducéens, dont l'origine remonte à Moïse, et qui ont pour fonction principale de gérer les sacrifices rituels au Temple de Jérusalem, ne retiennent de la Bible que les cinq premiers livres, (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, en terme savant, le "Pentateuque").
Pour eux, les écrits ultérieurs, tels les prophètes et les écrits de sagesse, relèvent de la littérature religieuse, mais ne sont pas de Moïse, et donc ne sont pas révélation de Dieu.

 

Leur logique, marquée par un comportement très légaliste, est simple. La vie suscitée par Dieu se manifeste dans la vie du peuple d'Israël, d'où la nécessité, voir l'obligation, de générer une descendance. Une veuve sans enfant doit épouser le frère de son défunt mari afin de permettre cette descendance. C'est une logique de survie, et il n'est pas nécessaire d'être expert en démographie pour comprendre cela.

 

Des textes tardifs de l'Ancien Testament, c'est à dire essentiellement les textes de Sagesse rédigés après l'Exil à Babylone, laissent apparaître cette intuition, que non seulement le peuple est appelé à revivre, malgré les persécutions, mais que tous ceux qui ont vécus comme des justes au regard de Dieu, sont appelés à se relever d'entre les morts, pour la vie éternelle. Nous en avons écho, notamment, dans les livres des Martyrs d'Israël, particulièrement le passage proclamé ce dimanche : "Puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle."

Il suffit de reprendre dans le lectionnaire des funérailles, l'ensemble des textes de l'Ancien Testament pour y retrouver cette annonce d'une résurrection des justes, qu'il s'agisse de Job ou du prophète Daniel...

 

La foi en la résurrection n'est donc pas une nouveauté introduite par les chrétiens ! Cependant, c'est au regard de la résurrection du Christ, premier né d'entre les morts, que les chrétiens affirment cette foi, comme conséquence de la résurrection du Ressuscité. Et puisqu'il nous est difficile de percevoir comment s'opérera la résurrection, on voit Paul d'une lettre à l'autre balbutier et se reprendre lui même, et tout aussi difficile de percevoir quelle sera notre condition charnelle de ressuscité, nous nous contentons de dire "Je crois en la résurrection de la chair, en la vie éternelle - Amen".
Et comme nous sommes dans la plus grande pauvreté pour dire ce qu'il en est de nos défunts, nous nous contentons de dire que, même s'ils sont "endormis dans la mort", nous croyons en la "communion des saints".

Jamais je n'irais faire confiance aux écrits qui relatent les expériences limites de ceux qui se sont trouvés au seuil de la mort. Quelqu'un qui se réveille dans la vie présente après avoir connu un coma profond au seuil de la mort, à fait une expérience limite, certes, mais n'a pas réellement franchi le seuil, sinon il ne pourrait en témoigner !


Alors nous balbutions. Je constate, et c'est le langage que je privilégie, que pour parler de la mort et de la résurrection, l'Eglise utilise le langage de l'Ecriture et des sacrements.

Parler de la chair, ce n'est pas affirmer que nous ressusciterons dans notre condition initiale, telle la fille de Jaïre ou Lazare à la veille de leur mort. On peut dire que le Christ les a "réveillés", tirés du sommeil de la mort, mais selon une condition physique identique à celle du moment de leur décès. S'il en était ainsi, il vaudrait mieux mourir en pleine jeunesse et en pleine santé, pour la vie éternelle !
Parler de la chair, c'est en référer à la Bible, quand il nous est dit que Dieu nous a façonné à partir de l'humus pour faire de nous des humains, hommes et femmes à son image, et qu'il a mis en nous son souffle. Notre chair, c'est notre identité propre, et non la prison de notre esprit ! C'est le souffle de Dieu qui nous donne de vivre debout, à son image.
Il nous est dit que l'homme et la femme dans le couple ne forment qu'une seule chaire, c'est à dire en pleine communion, inséparable, et cependant, chacun demeure unique.
Il nous est dit que le Verbe s'est fait chair, que dans sa chair il a connu la mort, et qu'il est sorti du tombeau. Il nous dit que celui qui mange sa chair a en lui la vie éternelle, et qu'il nous ressuscitera au dernier jour.
Dans l'eucharistie, nous mangeons sa chair, et cependant, nous savons bien que nous ne partageons pas les membres d'un cadavre ! Dans la foi, nous faisons corps avec son Corps de Ressuscité, et c'est en cela, par lui, avec lui, en lui, que nous formons la communion des saints !


Méfions nous, particulièrement à l'occasion des funérailles, de ces textes qui se veulent poétiques, mais qui portent davantage la marque de courants "new age" que de la révélation chrétienne.

Nous espérons et nous témoignons de la réalité de la mort déjà vaincue par la résurrection du Christ. Nous ne nous contentons pas d'une vie "autre", désincarnée ; avec St Paul nous parlons d'une création dans les douleurs de l'enfantement, qui ne fait pas l'impasse sur ses deuils ni ses souffrances.
Comme un enfant qui vient au monde, nous ne savons rien de cet univers nouveau qui s'ouvre à nous, sinon que nous sommes appelés à la vie par le Père, dont nous nous savons aimés.

 

Christian Le Borgne, curé