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Si tu savais le don de Dieu


Sed aqua quam ego dabo ei, fiet in eo fons   aquae salientis in vitam aeternam »

 

(« Et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle »)

Il n'est pas certain que celles et ceux qui viennent régulièrement dans l'église Saint Idunet de Châteaulin reconnaissent ce vitrail. Au fond de l'église, dans le recoin de la tour, il est situé en symétrie d'une autre scène évangélique, le Baptême de Jésus dans le Jourdain. Ces deux vitraux sont de même facture, et, à mon avis, il y avait volonté d'établir un lien fort entre ces deux récits.

Ce vitrail ne mérite pas d'être qualifié "d’œuvre remarquable". On peut lui reprocher son aspect "d'image pieuse", et un détail m'agace, l'auréole de Jésus est particulièrement mal dessinée!

 

Ceci dit, sinon je ne vous en parlerais pas, il peut nous introduire à l'écoute de ce récit de l'évangile de Jean, la rencontre entre Jésus et une femme de Samarie, au puits de Jacob, dans la ville nommée Sychar.

 

Il est environ midi, Jésus fatigué par la marche est assis auprès du puits.

Notre vitrail nous le présente, non comme un être épuisé, mais comme un homme confortablement assis, faisant autorité, dans l'attitude d'un enseignant. La manière dont sa main droite, et particulièrement son index sont orientés vers son cœur est comme une invitation à approfondir le dialogue, à aller au cœur de la réflexion.

"Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau ; Jésus lui dit : "Donne-moi à boire."
Il est midi ; dans cette civilisation, les femmes viennent puiser l'eau aux premières heures de la journée. Une femme qui vient au puits à l'heure où les hommes rentrent du travail des champs et viennent se désaltérer, eux et leur bétail, signifie que cette femme cherche à rencontrer un homme. Or elle n'a pas de mari, elle en a eu cinq, et celui avec qui elle vit n'est pas son mari...
Mais elle est déstabilisée par la demande de cet homme venant  de Galilée. Comment ? Toi un Juif, tu me demandes à boire à moi, une samaritaine ?

 

Si Jésus est impassible, bien stable sur son assise, la femme au contraire, est comme déstabilisée. La manière de se tourner sur elle même indique comme une conversion. Ce n'est pas l'effort de hisser sa jarre qui lui donne cette posture, car la jarre est posée sur la margelle, et la corde n'est pas tendue de part et d'autre de la poulie...

 

S'engage un dialogue entre Jésus et la femme ; un dialogue à la manière des dialogues caractéristiques de l'évangile de Jean, où le malentendu permet d'approfondir l'enseignement.
La femme a un raisonnement réaliste, terre à terre, le Christ la conduit vers des horizons auxquels elle ne s'attend pas. 
"L'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle."

Faut-il interpréter le décor végétal de notre vitrail à la lumière de ce décalage ? Du côté de la femme, une végétation discrète très terre à terre ; du côté du Christ, au plus haut de l'image, un bel arbre qui déploie ses branches et son feuillage...


Eürus an hini a garo Doue, eus e oll galon hag e oll ene
Evel eur wezenn douret he gwririziou e tougo frouez deliou ha bleuniou

 

Heureux l'homme qui met sa foi dans le Seigneur, il est comme un arbre planté près d'un ruisseau qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt... (Ps 1)

 

Au cours du récit de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, vient s'inscrire un autre dialogue, entre Jésus et ses disciples.
Ils sont scandalisés de voir Jésus causer avec cette femme.  Comment Jésus peut-il enseigner une femme, "Une Femme !!!",  la traiter en disciple, de surcroît, au regard du contexte, samaritaine et femme de mauvaise vie !


Leur préoccupation n'est pas le boire, mais le manger !

"Rabbi, mange donc - J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas".

Nous retrouvons le procédé de Jean dans la construction de son récit, l'incompréhension ne portant plus sur l'eau mais sur la nourriture. Jésus vient accomplir la volonté du Père, et les disciples en recueillent déjà les fruits....

Epilogue du récit -

La femme s'en est allée à la ville raconter cette extraordinaire rencontre avec un homme, ne serait-il pas le Christ ?

Eux mêmes, vivant la proximité du Christ venu demeurer parmi eux, (le verbe "demeurer" chez Jean a toute son importance),  crurent en lui et disent à la femme : "Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons ; nous l'avons entendu nous-même et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du Monde"

"Nous même", auditeurs de ce récit, nous accueillons le Christ venu demeurer parmi nous.

Aux catéchumènes qui s'avancent vers la fontaine du baptême, aux chrétiens que nous sommes, en marche vers Pâques, et aussi à tous vers qui il nous envoie pour la moisson, il nous redit cette invitation "Si tu savais le don de Dieu !" ;
Dieu est esprit, et c'est pourquoi ceux qui l'adorent doivent adorer en esprit et en vérité.
C'est à dire que le Christ ne nous donne pas une nouvelle technique de prière, mais nous rappelle que l'adoration véritable, c'est de se recevoir de Dieu, source de toute vie, de tout amour, et d'être vrai dans notre réponse, que notre prière féconde en vérité notre vie.

 

Ne forez plus vos puits d’eau morte :
Vous savez bien le don de Dieu
Et quelle est sa grâce, et son jeu :
Il vous immerge, il vous rénove !
La vie s’élève peu à peu,
Les champs sont dorés sous vos yeux :
Embauchez-vous où Dieu moissonne !

 

Christian Le Borgne, curé