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"afin que là aussi je proclame l’Évangile"

La synagogue, puis la maison familiale d'un proche, puis la place publique, et l'invitation à aller plus loin, "ailleurs, dans les villages voisins", sans pour autant oublier l'endroit désert pour y prier...

 

Dans le passage de Saint Marc lu ce dimanche, nous voyons, et dans le temps, et dans l'espace, du cercle étroit aux cercles périphériques, cette soif du Christ d'annoncer l'Evangile, non seulement en discours, mais en gestes de soin, de guérison...

 

L'Evangile plus qu'un livre, est la mise en écrit à quatre voix, de récits transmis par des hommes et des femmes profondément marqués, dans le "récit" de leur vie, par la rencontre avec cet homme, Jésus, le Christ. Comme l'écrit Luc dans son introduction à son évangile et au livre des Actes des Apôtres, à un disciple nommé "Théophile", nous sommes destinataires d'un solide enseignement, afin que nous soyons nous mêmes marqués, imprégnés, vitalisés par cette Parole, par ce Récit du salut.

 

Demeure pour nous, de savoir comment cette Parole est reçue, entendue, vécue, non seulement par nous-mêmes, mais par ceux que nous côtoyons, non plus à la synagogue, mais à l'église, dans nos foyers, nos lieux de rencontre et de circulation, et même "ailleurs"... La Parole se reçoit au diapason de ce que le Seigneur veut nous dire, par la grâce de l'Esprit, et dans l'écoute mutuelle, et dans le silence intime de la prière. 
L'Eglise à su, par le passé, mettre en œuvre des moyens pour que l'Evangile soit transmis, en s'adaptant aux situations, en innovant. Je pense aux "missions", les prédicateurs assurant une semaine d'enseignement et de confessions d'une paroisse à l'autre, après que les recteurs aient dûment convoqué les paroissiens. Je pense, et beaucoup d'entre vous en ont bénéficiés et en sont les héritiers, des mouvements d'Action Catholique, JAC, CMR, ACO... 
Aujourd'hui notre diocèse et nos paroisses, les mouvements eux même  n'ont plus les ressources en personnes pour continuer, à proposer, à "défricher" selon le langage des aumôniers, prêtres et religieuses. Et ce n'est pas une présence, tout au mieux hebdomadaire, dans nos assemblées, qui permet d'accueillir de manière conséquente cette parole. 

 

Aussi, notre diocèse proposait, il y a douze ans (!), à l'occasion de Mission 2012, de susciter des "petites fraternités chrétiennes" : "Ces fraternités vivront l'écoute et le partage de la Parole de Dieu ; la prière et l'encouragement dans la foi ; le soutient mutuel et l'attention à leur entourage. Elles donneront le témoignage d'une Eglise accueillante et présente à ce monde. Elles seront en communion entre elles, tout particulièrement par leur participation à l'Eucharistie dominicale".
En réponse à cette invitation, des fraternités se sont crées ici et là dans le diocèse, et ceux qui les font vivre en disent tous les fruits qui nourrissent leur vie chrétienne.
Notre diocèse, avec une mise à jour de cette proposition, nous incite à relancer cette démarche. Ce sera l'objet de ce carême qui approche, de susciter sur la paroisse, ces petites fraternités.

 

C'est quoi, une petite fraternité ? 

  • Une équipe de 6 ou 8 personnes, c'est à dire deux ou trois couples et/ou personnes célibataires, qui se cooptent, par affinité d'amitié, de voisinage, de travail en Eglise ou autre...
    se réunissant de manière régulière sur une année, environ une fois par mois, chez l'un ou l'autre des membres de l'équipe, dans un cadre permettant l'accueil, l'écoute et l'échange, et aussi la convivialité.
  • Pour partager les moments importants de la vie de chacun, pour écouter et partager ce que nous entendons de la Parole de Dieu, pour prier. Il ne s'agit pas en ce sens d'un cercle biblique, nécessitant la présence d'un spécialiste de l'Ecriture Sainte ! Mais selon les diverses écoles de partage de la Parole de Dieu, qu'il s'agisse de la Lectio Divina ou du Partage d'Evangile, de confronter sa vie aux appels de l'Evangile, dans une sainte émulation fraternelle.
  • A l'échelon de la paroisse, un échange se fera, selon une manière à définir, pour que les fraternités fassent remonter les informations qui leur sembleront nécessaires, non un compte rendu, mais des éléments pouvant nourrir une réflexion commune, afin d'éclairer le travail de l'équipe pastorale ou déterminer un axe de travail pour un temps de récollection annuel.

Evidemment, il faut une impulsion... A chacun de se sentir disponible, de se demander, non pas "qui va le faire ?", mais "avec qui je pourrais, nous pourrions faire équipe ?", et de commencer à s'interpeller, librement !

Ce n'est pas trop dans nos habitudes, mais parfois il faut se laisser bousculer... "annoncer l’Évangile,

ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi." déclare Saint Paul. Pour nous, aussi, chrétiens, cette nécessité fait loi.

 

Christian Le Borgne, curé